Brexit: Theresa May de retour à Bruxelles face à une UE inflexible

La première ministre britannique Theresa May est arrivée mercredi à Bruxelles, dans l’espoir d’obtenir des modifications de l’accord sur le Brexit déjà conclu avec l’UE. Sans surprise, elle s’est plus ou moins heurtée à des Européens inflexibles.

La dirigeante conservatrice est arrivée vers 18h45 au siège de la Commission, accueillie par un Jean-Claude Juncker d’humeur badine, arborant un sparadrap sur la joue. Ce n’est pas Mme May qui « m’a infligé cette blessure », avait-il plaisanté quelques instants plus tôt.

« J’ai eu une réunion constructive avec le président Juncker ce soir », a déclaré Mme May. Elle a indiqué qu’elle avait demandé « d’apporter des changements juridiquement contraignants au ‘filet de sécurité' », cette mesure controversée censée éviter le retour d’une frontière physique en Irlande après le Brexit le 29 mars.

« Nous avons fait des progrès », a assuré la première ministre britannique, qui était de retour dans la capitale belge avec l’espoir affiché d’obtenir des « changements contraignants » de l’accord de divorce conclu avec l’UE, mais rejeté par son parlement. Selon un communiqué commun avec le président de l’exécutif européen, à l’issue de leur entretien d’environ une heure trente, Mme May n’a toutefois pas obtenu de refonte du controversé « filet de sécurité » irlandais », ou « backstop ».

Se reparler avant la fin du mois

« Les deux dirigeants ont convenu que les discussions avaient été constructives. Ils ont exhorté leurs équipes respectives à continuer d’explorer les options dans un esprit positif », est-il indiqué dans ce texte conjoint, indiquant que Mme May et M. Juncker allaient « se reparler avant la fin du mois ». Dans l’intervalle, ils se sont promis de rechercher « quelles garanties » pourraient être apportées pour assurer que le « backstop » ne serait que temporaire et quels « autres arrangements » pourraient le remplacer à l’avenir.

Il n’est pas question dans leur texte de « renégocier » l’accord de divorce que Mme May a négocié avec Bruxelles pendant près d’un an et demi, avant que son parlement le rejette. Mais plutôt d' »apporter des modifications » à la déclaration politique qui l’accompagnera.

Cette déclaration trace les grandes lignes de la relation que veulent bâtir les deux parties après leur divorce, et pourrait rendre inutile le déclenchement du « backstop » si elle débouche sur un ambitieux partenariat commercial.

Nouvelles démissions

Mercredi, trois députés favorables à un second référendum sur le Brexit ont par ailleurs annoncé leur démission du Parti conservateur à cause de leur désaccord avec la ligne gouvernementale. Ils vont rejoindre le « Groupe indépendant », créé lundi par sept députés travaillistes eux-mêmes démissionnaires de leur parti.

Mme May « n’a de majorité pour rien » dans son propre pays, a pour sa part estimé une source diplomatique. « Il y a encore une cacophonie incroyable en Grande-Bretagne, et donc l’UE ne voit pas la nécessité de faire un pas vers les Britanniques à ce stade ».

Malgré l’impasse actuelle, les deux parties disent toujours vouloir éviter un « no deal », source d’incertitudes du côté de l’UE et aux effets potentiellement dévastateurs pour l’économie du Royaume-Uni, où les annonces de fermetures d’usines ou relocalisations d’entreprises se multiplient depuis plusieurs mois.