Israël a lancé une dizaine d’investigations criminelles sur Gaza

Israël a lancé des investigations criminelles sur le décès d’une dizaine de manifestants palestiniens tués par ses soldats à Gaza. L’Etat hébreu redoute davantage de manifestants, après le rapport de la Commission d’enquête et un an après les premiers rassemblements.

Mercredi à Genève, plusieurs hauts responsables israéliens ont détaillé pendant deux heures devant quelques journalistes leurs reproches sur le travail de la commission d’enquête qui a conclu récemment à de possibles crimes contre l’humanité perpétrés contre les Palestiniens. Celle-ci estimait que les soldats israéliens ont intentionnellement visé des personnes qui ne posaient aucune menace.

« Aucun » des trois membres de la Commission n’avait de savoir-faire suffisant en terme de droit international, a dit l’un responsables israéliens. « Il n’y a aucune politique » israélienne qui exige de cibler délibérément les civils, ajoute-t-il. Et de se demander comment les membres de cette instance peuvent aboutir à des conclusions sur les intentions que peut avoir un pays.

Selon lui, Israël a pu établir que la majorité des 189 victimes mentionnées par la Commission étaient des militants. Pour autant, l’Etat hébreu n’exclut pas quelques personnes aient pu être abattues sans justification ou accidentellement. « Cela ne signifie pas qu’il y a eu une attitude illégale », affirme un responsable.

Milliers de victimes de tirs

Sur quelques centaines de situations préliminaires, une dizaine de cas font l’objet désormais d’investigations criminelles, dit-il. Ce responsable estime aussi que le nombre de 6000 personnes victimes de tirs donné par la Commission est exagéré.

Israël refuse de dévoiler les règles d’engagement de ses soldats. Mais devant la Cour suprême, des indications ont été données sur la situation dans la bande de Gaza. L’Etat hébreu a averti à plusieurs reprises par différents moyens publics la population des dangers de s’approcher trop de la barrière de sécurité.

Il dit avoir eu recours à des armes non létales pour maintenir les participants à distance. Mais leur efficacité est limitée, admet un responsable. Des moyens létaux ont été utilisés lorsqu’une menace imminente pour les soldats était identifiée. Mais toujours après approbation d’un haut commandant et en visant les jambes.

Des vidéos diffusées par la Commission d’enquête montrent des victimes touchées dans d’autres parties du corps. Les Israéliens appellent à être prudents et expliquent que des balles ont pu atteindre des personnes après avoir traversé le bas du corps de celles qui étaient visées.

Règles d’engagement modifiées

Ils admettent aussi avoir modifié leurs règles d’engagement après les premières semaines de manifestations. Les distances pour les tirs ont été réduites pour éviter de possibles victimes supplémentaires, de nouvelles armes non létales sont exploitées et les zones de positionnement des soldats ont été surélevées.

Parmi les principaux griefs, les Israéliens contestent l’analyse selon laquelle les manifestations étaient civiles et détaillent leurs reproches contre le Hamas. Ils accusent le groupe extrémiste d’avoir préparé « dès février » les rassemblements.

D’abord en démantelant leurs propres postes de contrôle qui limitaient l’accès des habitants à moins de 300 mètres de la barrière entre le territoire palestinien et Israël. Et ensuite en augmentant les tentatives d’infiltration de ses militants du côté israélien ou l’utilisation d’explosifs.

La Commission d’enquête « s’est trompée sur le niveau de commandement du Hamas » sur la planification des rassemblements, ajoute un responsable. Ses collègues et lui redoutent désormais que les conclusions incitent aussi les manifestants à être plus nombreux dans les prochaines semaines.

Les trois membres de la Commission avaient déploré le manque de collaboration des autorités israéliennes. Les Israéliens ont répondu en expliquant que les détails montrés mercredi à Genève leur avaient été donnés mais qu’ils ont choisi de ne pas les prendre en compte. Le rapport de la Commission doit être discuté lundi prochain au Conseil des droits de l’homme.