Karin Keller-Sutter pour une douce revanche au Conseil fédéral ?

Katrin Keller-Sutter, Présidente du Conseil des Etats

Les moins férus de politique l’avaient peut-être quittée un mercredi de septembre 2010 dans l’évanescence triste des destins contrariés. Alors que se dénouait dans l’hémicycle le duel final entre le PLR Johann Schneider-Ammann et l’UDC Jean-François Rime, Karin Keller-Sutter recevait le traditionnel hommage aux vaincus des médias, le bouquet de consolation à la main et le regard déjà un peu ailleurs. L’heure de la «revanche» pourrait sonner bientôt pour celle qui vient d’accéder à la présidence du Conseil des Etats.

Ainsi va la vie des femmes ambitieuses sous la Coupole fédérale: Karin Keller-Sutter a connu en 2010 l’avanie d’une politicienne trop brillante pour ne pas faire de l’ombre aux ambitions cachées de quelques velléitaires. Pour le dire plus simplement, il n’était pas question de faire au PLR le cadeau d’une telle locomotive électorale. Et c’est ce même chœur des pleureuses reprochant au vieux parti un fond de machisme qui a piétiné sa proposition féminine. La candidature de combat de l’UDC Rime dans cette guerre de succession Merz a achevé de ruiner les espoirs de la St-Galloise.

Battue mais pas abattue, la conseillère d’Etat Karin Keller-Sutter est repartie dans son St-Gall natal. Mais c’était pour mieux revenir à Berne en 2011, triomphalement élue au Conseil des Etats. Sept ans ont passé. Comment s’est transformée dans ce laps de temps celle qu’on a surnommé «la dame de fer», réputée pour sa gestion inflexible de l’asile et de la sécurité ? Comment a évolué celle qui est restée célèbre pour avoir fait de St-Gall le premier canton à expulser les époux violents de leur domicile, celle encore qui a été la première à véritablement passer à l’acte contre les hooligans?

La plus romande des alémaniques, celle qui a étudié à Neuchâtel, s’amuse de cette image de rigidité qu’elle véhicule pourtant malgré elle jusque dans l’apparence, toujours impeccable dans ses tailleurs stricts. Elle préfère se décrire comme «claire et ferme». Sous la Coupole fédérale, elle a infléchi sa voie, délaissant un peu les questions juridiques pour les dossiers économiques et sociaux. Mais chassez le naturel, il revient au galop : c’est aussi par son combat contre la réforme des retraites que Karin Keller-Sutter s’est fait remarquer ces derniers mois.

Le succès a été au rendez-vous dans les urnes. Préfiguration d’une future revanche au Conseil fédéral ? Karin Keller-Sutter est en tout cas désormais bien en vue au perchoir du Conseil des Etats. En 2019 au plus tard, Johann Schneider-Ammann pourrait bien tirer sa révérence et le nom de KKS revient sur toutes les lèvres pour lui succéder.
Karin Keller-Sutter rejoindra-t-elle les Francis Matthey, Hansjörg Walter, Maillard, Urs Schwaller, Pierre-Yves Maillard…, la grande cohorte des politiciens «qui auraient pu», qui ont caressé du doigt l’espoir d’un fauteuil ministériel avant de le voir disparaître dans les mirages de la Berne fédérale ? Ou réussira-t-elle, à l’américaine, l’exploit improbable d’une accession au sommet après les affres plus douloureux qu’ignominieux de l’échec ? Un alignement de planètes un peu plus favorable que celui de 2010 pourrait l’inciter à franchir le pas. On ne déroule jamais le tapis rouge vers le Conseil fédéral. Mais on peut au moins enlever les haies.

JJM