Khamenei accuse les « ennemis » de son pays après cinq jours de troubles

Le guide suprême de la Révolution iranienne, l’ayatollah Ali Khamenei, a accusé mardi les ennemis de l’Iran d’alimenter les troubles dans la République islamique. Celle-ci est secouée depuis jeudi par une vague de contestation sans précédent depuis 2009.

Le bilan des affrontements est d’au moins 21 morts depuis le début des manifestations il y a cinq jours à Mashhad, la deuxième ville du pays.

Lundi soir, des heurts ont fait neuf morts, dont deux membres des forces de sécurité, dans la province d’Ispahan, a rapporté la télévision publique. Dans la ville de Qahderijan, des manifestants, qui, selon les autorités, étaient armés, ont attaqué un commissariat de police. Six des assaillants ont été tués.

Le gouverneur adjoint de la province de Téhéran a annoncé que quelque 450 manifestants avaient été arrêtés dans la capitale ces trois derniers jours. Ali Asghar Naserbakht a ajouté que la police n’avait pas demandé l’aide des gardiens de la Révolution.

« Ces derniers jours, les ennemis de l’Iran ont employé divers moyens, argent, armes, politique, appareil de renseignement, pour fomenter des troubles dans la République islamique », a accusé Ali Khamenei sur son site internet, s’exprimant pour la première fois depuis le début des événements. Il a ajouté qu’il s’adresserait à la nation iranienne « en temps voulu ».

L’ayatollah Khamenei n’a pas précisé quels « ennemis de l’Iran » étaient selon lui derrière cette agitation. Mais Ali Shamkhani, secrétaire du Conseil national suprême de sécurité, a mis en cause les Etats-Unis, la Grande-Bretagne et l’Arabie saoudite. « Les Saoudiens recevront de l’Iran une riposte inattendue », a-t-il assuré.

Musa Ghazanfarabadi, chef du tribunal révolutionnaire de Téhéran, a lancé mardi une mise en garde aux protestataires. Les personnes interpellées, a-t-il dit, seront prochainement traduites en justice et les meneurs devront répondre d’accusations pouvant aller jusqu’à celle de « mohareb » (ennemi de Dieu), passible de la peine de mort.

Le principal groupe réformateur, présidé par l’ex-président Mohammad Khatami, a lui condamné mardi les violences commises dans les protestations des derniers jours et la « profonde duperie » des Etats-Unis, dans un communiqué publié par les médias. Les réformateurs soutiennent et participent au gouvernement du président modéré Hassan Rohani.

Le président américain Donald Trump a apporté son soutien aux manifestants mardi sur Twitter. « Le peuple iranien passe finalement à l’action contre ce régime brutal et corrompu… Les gens n’ont pas grand-chose à manger, il y a une forte inflation et aucun respect des droits de l’homme. Les Etats-Unis surveillent ! », a-t-il écrit.

Les Etats-Unis vont demander une réunion d’urgence sur l’Iran aux Nations unies, a annoncé en outre Nikki Haley, l’ambassadrice américaine à l’ONU tout en rejetant l’idée d’ingérences extérieures dans les manifestations qui secouent le pays depuis la semaine dernière. Les Nations unies ont d’ailleurs par la voix de leur secrétaire général Antonio Guterres « regretté les pertes de vie » lors des manifestations en Iran.

Le président français Emmanuel Macron a appelé mardi son homologue Hassan Rohani à « la retenue » et à « l’apaisement » en Iran, a annoncé l’Elysée dans un communiqué.