Le gouvernement franchit le cap de la censure de l’opposition

Le gouvernement d’Edouard Philippe a aisément surmonté mardi une motion de censure de l’opposition dans l' »affaire Benalla ». Les sanctions ont été prises, a-t-il déclaré, et l’opposition ne fait qu’attaquer les réformes d’Emmanuel Macron.

Pour la première fois du quinquennat, le gouvernement faisait face à deux motions de censure – l’une portée par Les Républicains (LR), l’autre par La France insoumise, le Parti socialiste et le Parti communiste. Elles avaient trait aux agissements de l’ex-chargé de mission de l’Elysée Alexandre Benalla durant la manifestation du 1er Mai à Paris, révélés le 18 juillet par Le Monde. La première motion, votée par 143 députés, a été rejetée. La seconde, votée par 74 élus, a subi le même sort.

L' »affaire » aux ramifications administratives, judiciaires et politiques a fragilisé le chef de l’Etat, coupable selon l’opposition d’une gestion erratique et opaque, déstabilisé une majorité jusqu’ici omnipotente et ragaillardi une opposition atone qui est parvenue à provoquer le report d’un des chantiers phares d’Emmanuel Macron – la réforme de la Constitution.

Le gouvernement n’était en rien menacé par l’activation de l’article 49-2 de la Constitution puisque Les Républicains, avec 103 députés, et la gauche, avec 63 élus, ne pouvaient atteindre la majorité requise des 289 voix. La République en Marche, à elle seule, est forte de 312 députés.

L’opposition veut croire que ce rappel à l’ordre avant la fin de la session parlementaire et les vacances mettra au jour ce qu’elle présente comme « un très long catalogue de privilèges d’un autre âge » et « les dérives que produit un régime hyper-présidentialiste ». « Les Français constatent aujourd’hui – et c’est une trahison pour eux – que la République des copinages malsains, elle n’est pas ici, elle de l’autre côté de la Seine, à l’Elysée », a lancé Christian Jacob (LR).

« L’esprit clanique qui anime le sommet de l’Etat est contraire aux exigences de la culture républicaine », a déclaré pour sa part André Chassaigne (GDR), accusant les élus de la majorité, qui dénoncent une « instrumentalisation politique », d’être les « intestins silencieux de la bouche élyséenne ».

Même de circonstance, la coalition de la droite et de la gauche a réitéré d’une même voix sa détermination à s’opposer avec force à la rentrée à la révision constitutionnelle, dont elle juge qu’elle affaiblit les pouvoirs du Parlement.

Pour le Premier ministre Edouard Philippe, l’opposition n’a pour but que d’atteindre le chef de l’Etat » et « ralentir le rythme de la transformation du pays ». Le Premier ministre a défendu l’attitude de l’exécutif – « ce qui devait être fait l’a été » – et renvoyé droite et gauche à leur inertie supposée, dans le dossier des sondages de l’Elysée en 2010, sous Nicolas Sarkozy, et dans l’affaire Cahuzac en 2012 sous François Hollande.

« De notre côté, nous n’avons, ne vous en déplaise, jamais prétendu être infaillibles », a poursuivi Edouard Philippe, réaffirmant que les écarts d’Alexandre Benalla étaient « l’affaire de fautes individuelles, de compromissions insidieuses et de petits arrangements » dans une mise en cause directe de la préfecture de police de Paris.

« Les faits apparaissent désormais clairement », a-t-il avancé. « Ils ne permettent à personne de parler de dérive monarchique ni d’impunité ». « Les événements du 1er Mai ne disent rien de la présidence d’Emmanuel Macron », a-t-il martelé.

« Vos motions de censure ne sont rien d’autre que des motions de blocage », a dit le Premier ministre, soulignant que le gouvernement n’avait « nullement l’intention de ralentir ». « Nous ne lâcherons rien, nous irons jusqu’au bout de notre projet. »