Les soutiens du président Aoun se mobilisent, la contestation aussi

Le président libanais Michel Aoun a appelé dimanche à l’unité pour soutenir son programme de réformes, devant des milliers de partisans rassemblés quelques heures avant des manifestations organisées par la contestation, qui fustige l’ensemble d’une classe dirigeante.

Pour réclamer « la chute du régime », les contestataires étaient attendus à partir de 14h00 sur la place des Martyrs au coeur de Beyrouth, épicentre d’un soulèvement inédit, provoqué par le ras-le-bol face à une économie au bord du gouffre et des services publics en déliquescence, et qui a quasiment paralysé le Liban pendant près de deux semaines.

En soutien au chef de l’Etat, plusieurs milliers de personnes se sont rassemblées dimanche à Baabda, au sud-est de la capitale, sur la route menant au palais présidentiel. Elles brandissaient des drapeaux libanais et les étendards orange aux couleurs du parti de M. Aoun, le Courant patriotique libre (CPL), a constaté un photographe de l’AFP.

La foule compacte s’étalait sur près de deux kilomètres, d’après le photographe. Certains participants étaient vêtus en orange, d’autres brandissaient des portraits du président de 84 ans. Des ministres et des députés du mouvement se sont joints à l’évènement.

« J’appelle tout le monde à l’union », a lancé M. Aoun dans une allocution à l’intérieur du palais, retransmise sur des écrans, s’adressant à ses partisans mais aussi aux contestataires, refusant de voir se dérouler « une manifestation contre une autre manifestation ». « Nous avons mis en place une feuille de route » pour lutter contre la corruption, redresser l’économie et établir un Etat civil, a rappelé le président, avertissant que ce ne sont pas des réformes « faciles à concrétiser ».

« Réformiste et sincère »

« Nous avons besoin de vos efforts », a lancé le général à la retraite, qui dirigeait autrefois l’armée, s’adressant à ses partisans et aux contestataires. Les partisans de M. Aoun ont dénoncé les manifestations anti-pouvoir qui, depuis le 17 octobre, réclament le départ de la classe politique, exigeant notamment celui du président et la dissolution du parlement.

« Le général Aoun est un homme réformiste et sincère, ce n’est ni un corrompu ni un voleur, nous sommes là pour lui dire ‘on est avec toi et on restera avec toi quoi qu’il arrive' », a confié une manifestante, Diana. « Il y a de la corruption au sein de l’Etat depuis 30 ans, le président n’en est pas responsable, il essaye de lutter contre », a assuré la quadragénaire.

Avec ses alliés, notamment le puissant mouvement chiite du Hezbollah, la formation de M. Aoun domine le parlement. Sous le slogan du « dimanche de l’unité », de nouvelles manifestations anti-pouvoir sont attendues dans tout le Liban. Partie du Musée national à Beyrouth, une marche féministe rassemblant quelques centaines de femmes et d’hommes, s’est dirigée vers la place des Martyrs.

« Révolte-toi Beyrouth »

« Notre révolution est féministe », pouvait-on lire en rouge sur une bannière brandie par des manifestantes. « Allez révolte-toi Beyrouth », « Haussez le ton, le machisme doit être éliminé », ont scandé les protestataires, au rythme de tambours. « Il est très important qu’il y ait une vraie justice sociale et que les demandes des femmes soient entendues », a déclaré Sarah Bukhari, 28 ans, qui travaille dans une ONG féministe et réclame « l’égalité des genres ».

Samedi soir, plusieurs milliers de personnes se sont rassemblées à Tripoli, où la mobilisation a attiré des Libanais de tout le pays. Ces derniers jours, le pays a néanmoins retrouvé un semblant de normalité avec la réouverture des banques et des écoles, fermées pendant deux semaines. Les barrages routiers, installés par les contestataires pour gêner les autorités, ont été progressivement levés.

Le soulèvement a mobilisé des dizaines de milliers de Libanais à travers plusieurs régions et entraîné mardi dernier la démission du gouvernement – qui continue toutefois de gérer les affaires courantes. Il s’agissait d’une des demandes des contestataires, qui réclament une nouvelle équipe ministérielle composée de technocrates.