Un ex-sergent accusé d’avoir servi dans une milice syrienne

Un ex-sergent suisse comparaît depuis mercredi devant le Tribunal militaire. Il est accusé d’avoir servi dans une milice chrétienne de Syrie en lutte contre les terroristes islamistes. Il voulait aider les chrétiens menacés par l’avancée de l’EI, a-t-il dit.

Agé de 37 ans, né à Saint-Gall d’une mère turque et d’un père turco-syrien d’ascendance araméenne, l’accusé a grandi à Locarno où il a fait toute sa scolarité avant d’aller étudier en Suède. De retour en Suisse, il y a accompli son service militaire et a obtenu le grade de sergent.

En 2011, lorsque le conflit a touché la Syrie, après le « Printemps arabe », « qui a particulièrement concerné notre famille, j’ai décidé de me rendre sur place pour constater ce qui se passait vraiment dans le nord du pays poù vit notre communauté araméenne », a expliqué le Tessinois, qui œuvre actuellement dans une association humanitaire active au nord de l’Irak.

Lorsque l’ex-sergent est arrivé en Syrie, son père s’y trouvait déjà. « Je n’ai eu que des contacts occasionnels avec lui, a précisé l’accusé. « On nous a annoncé son arrestation le 13 août 2013 et depuis nous n’avons plus reçu d’information. »

A l’ouverture du procès mercredi matin, la mère et la grand-mère du prévenu ont déployé un portrait géant du disparu devant le Tribunal pénal fédéral.

« Se défendre ou mourir »

Jusqu’en août 2012, le séjour syrien du prévenu a été consacré à des actions humanitaires et à des reportages pour une télévision suédoise notamment. Il collaborait avec celle-ci comme freelance ainsi que pour quelques médias tessinois.

Dès l’automne 2012, lorsque la situation a dégénéré en Syrie, l’accusé a participé à la constitution de la milice « Syriac Military Council » pour laquelle il a recruté des soldats syriens sur place et qu’il a ensuite lui-même formé. La justice militaire suisse l’accuse d’avoir pris du service dans cette milice de 2013 à 2015 « sans la permission du Conseil fédéral » et d’y avoir recruté « un nombre non précisé de ressortissants suisses » ou tenté de le faire.

« Il s’agissait pour nous chrétiens de nous protéger de l’avancée de l’EI. Ou bien nous nous défendions ou bien nous mourions », a expliqué l’ex-sergent à la cour.

Co-accusé

Le cousin du trentenaire, né à Locarno en 1989, comparaît également devant le Tribunal militaire. Licencié en sciences criminelles de l’Université de Lausanne en 2015, celui-ci a vu sa carrière interrompue par l’enquête ouverte contre lui. Il réside actuellement à Genève où il travaille dans une banque.

Dispensé du service militaire après un accident de football, il a prêté main-forte au premier accusé en l’aidant à recruter des soldats suisses disposés à entrer dans la milice syrienne, ceci par l’entremise d’appels postés sur différents réseaux sociaux comme Facebook et Youtube.

Durant son interrogatoire, le second prévenu a précisé qu’il ne s’est jamais personnellement rendu en Syrie mais que durant tout le séjour de son cousin dans ce pays, il entretenait des contacts réguliers avec lui. « Je disposais d’une page sur Facebook sur laquelle moi-même et d’autres membres de notre communauté araméenne au Tessin et en Suède notamment publiions des nouvelles transmises de Syrie ».

« Personne n’a jamais quitté la Suisse pour la Syrie »

L’inculpé a admis avoir aussi diffusé du matériel de propagande récolté sur Internet. « Nous avons effectivement lancé des appels sur Internet pour recruter des combattants disposés à rejoindre les rangs de notre milice chrétienne mais je peux assurer que personne n’a jamais quitté la Suisse pour rejoindre la Syrie », a-t-il affirmé.

Pour les deux hommes, les chefs d’accusation sont « l’atteinte à la puissance défensive du pays et la tentative répétée de servir à l’étranger ».

La communauté araméenne du Tessin est accourue en nombre aux débats présidés par le colonel Mario Bazzi. Le procès doit durer deux jours et le verdict est prévu vendredi.